HISTOIRE & PATRIMOINE

L
a paroisse du « Temple Neuf » (traduit de l’allemand « Neue Kirche ») est l’héritière de l’ancienne paroisse St-Laurent de la Cathédrale de Strasbourg, passée à la Réforme dès 1523 sous la houlette du réformateur Matthieu Zell.

De 1550 à 1561, la communauté ayant refusé l’obligation imposée par l’empereur de réintroduire le rite romain, elle avait déménagé une première fois de la Cathédrale à l’église des Dominicains (abandonnée en 1531), dont le chœur avait déjà servi de lieu de culte aux protestants.

Jean Calvin y avait officié en tant que pasteur de la première communauté protestante française de Strasbourg de 1538 à 1541. En 1539, Calvin a introduit dans le culte la première édition du « Psautier français », qui reste jusqu’aujourd’hui un élément typique d’un office protestant réformé de langue française.

D
ans le parler de l’époque, on appelait la « nouvelle » église simplement « Neukirche » (« Église neuve ») ou « Predigerkirche » (« Église des prêcheurs », selon l’ancienne dénomination des frères dominicains).

Construite en 1255-1345, cette ancienne église des Dominicains était, avec une double nef et un choeur, la deuxième plus grande église de Strasbourg après la Cathédrale. Elle fût le foyer, avec le monastère attenant, d’un courant de pensée du 14e siècle appelé « mystique rhénane », animé par le célèbre Maître Eckhart et son disciple Jean Tauler.

La pierre tombale (1361) de Tauler se trouve aujourd’hui au fond du Temple Neuf.

A
près avoir habité la Cathédrale de 1561 à 1681, sa paroisse luthérienne, la plus importante de la ville, fût expulsée lors de la prise de possession de Strasbourg par Louis XIV. En septembre 1681, ce dernier décida en effet de donner la Cathédrale aux catholiques.

Après s’être installée définitivement dans l’église des Dominicains rebaptisée « Temple Neuf », la paroisse protestante s’affirma encore comme une des plus importantes d’Alsace. L’ancien choeur de l’église abrita la prestigieuse bibliothèque de la ville.

Après la destruction du Temple Neuf et de la bibliothèque pendant la guerre franco-allemande de 1870, le nouveau bâtiment conçu par l’architecte Emile Salomon dans un style néo-roman fut inauguré en 1877.

PATRIMOINE

L
’église du Temple Neuf est construite en grès des Vosges. Elle présente un plan de basilique rectangulaire sans abside, avec un aspect intérieur quelque peu byzantin. Elle est longue de 48,60 m, large de 29 m et haut de 17,50 m pour la nef (contre 16,40 m à la cathédrale). La hauteur sous charpente est de 20 m. Les collatéraux sont soutenus par des piliers. La façade surmontée du clocher haut de 60 m présente au milieu trois compartiments qui correspondent à la nef et deux compartiments qui correspondent aux collatéraux.

Les lignes de la façade sont très verticales. En dessous du clocher se trouve une rose à huit colonnettes délimitant des secteurs ajourés. Deux autres roses plus modestes surmontent les compartiments latéraux. L’écho de cette façade se retrouve au fond de la nef principale. Les collatéraux intérieurs sont presque aussi élevés et sont recoupés par des tribunes à 7 m de hauteur : c’est là que l’aspect byzantin est marqué.
A l’arrière de la nef se trouvent plusieurs salles et lieux de réunion.

Le mobilier comprend l’autel surmonté de la chaire en pierre blanche et des orgues Merklin restaurés en 2008. Il y a plusieurs monuments funéraires, dont la dalle funéraire de Jean Tauler, et deux monuments du sculpteur Landolin Ohmacht (1760-1834) : celui du pasteur Blessig (mort en 1816) et de celui du président du Directoire B. F. De Turckheim (mort en 1831).

ARTICLES